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Marguerite - Le Cerveau : le connaître pour mieux apprendre.

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A l’heure du bac et des différents examens de fin d’année, j’ai entendu pas mal d’émissions à la radio sur la mémoire et j’ai décidé de le partager avec vous avant d’oublier…

Ne pas connaître son cerveau quand on apprend, c’est un peu comme si un éleveur de vaches laitières ne connaissait rien du fonctionnement d’une vache… S’il ne comprenait pas pourquoi elle produisait du lait ou pas… pourquoi elle tombait malade… Comment l’alimenter… Ce qui favorisait son bon fonctionnement… Par tâtonnement, il pourrait s’en sortir mais au prix de difficultés inutiles… Comme j’ai entendu une émission sur le sujet, je partage…

Un brin de théorie

Beaucoup d’humains pensent que l’intelligence est une donnée acquise à la naissance et que «l’on fait avec ce que l’on a» durant toute sa vie. Et bien non ! Il y a non seulement plusieurs types d’intelligences mais on peut les faire évoluer. C’est plutôt rassurant ou pas (si ça peut augmenter, ça peut aussi diminuer…). C’est ce que les scientifiques appellent la «plasticité cérébrale» : la capacité permanente que possède le cerveau (tout au long de la vie) de modifier son architecture interne au fil des stimulations d’apprentissage rencontrées.

Pour améliorer ses performances cérébrales, il suffit de faire travailler son cerveau ! Génial !

D’abord, il y a un certain nombre de connaissances à avoir sur la mémoire, je devrais dire les mémoires :

• La mémoire sensorielle, celle qui perçoit la réalité (quelques millisecondes)
• La mémoire de travail, celle qui vous permet de retenir un numéro de téléphone avant de l’écrire en le répétant (1 min) ;
• Les mémoires long terme : procédurale (faire du vélo ou conduire) ou explicite (dite épisodique pour se rappeler de son histoire personnelle et dite sémantique pour se rappeler de tout ce qu’on a appris comme la date de la révolution française).


Pour éviter la case oubli, il faut :

1.  De l’attention (pas plus de 12-15 minutes de suite avec une petite pause d’une minute ou deux) et faire une chose à la fois (même pour vous Mesdames !).

2.  De la répétition des informations à haute-voix de préférence.

3.  Y associer une émotion, une odeur, une chanson : Vous vous souvenez certainement de votre premier baiser, tremblant(e) à la boum de Ludo, il y a 30 ou 40 ans (il suffit d’une chanson, un parfum pour s’en souvenir à nouveau) alors que vous avez déjà oublié le nom de ce commercial passé à la ferme hier…
Quand j’étais jeune génisse, j’avais appris avec une collègue à ouvrir la porte de la stabu. J’avais complètement oublié… Il a suffi d’un rayon de soleil et d’un vent de printemps pour que ça me revienne… Allez les filles, tout le monde au pré ! Gégé hurlait !

4. Donner du sens, savoir dans quelle situation nous pourrons nous servir de ce que nous apprenons : rendre l’apprentissage pertinent pour soi ou pour les autres aide à mieux mémoriser.
Nicolas, l’ami de Gégé s’est mis à retenir les cours d’anglais quand une belle Irlandaise est arrivée…

5. Faire du lien avec ce qu’on sait déjà (par analogie, je sais ouvrir la porte, je dois savoir ouvrir la barrière…)

6. Etre capable de récupérer l’information qu’on a stockée… Pour cela le plus efficace est d’avoir semé des indices et réactiver régulièrement ses connaissances : une sorte de fil d’Ariane pour retrouver l’information.
Pour que le stagiaire se souvienne de l’ordre des estomacs d’une vache, Gégé lui a donné ce moyen : “Quand je pense à mon bonnet, je feuillette mon cahier” (la panse, le bonnet, le feuillet, la caillette). Pas mal, non ?

7. Voir faire les autres grâce aux neurones miroirs.
 Gégé a appris à traire en observant sa mère bien avant d’avoir la taille de brancher une vache… Le frère de Gégé est un super bon orateur, il a appris en écoutant des vidéos de très grands orateurs puis en s’entrainant… Et Mathéo, le petit voisin a appris à faire des bêtises en observant son grand frère !

8. Se visualiser en train de faire ou de dire quelque chose, ça permet d’apprendre : le cerveau ne fait pas la différence entre la chose imaginée et la chose faite.
Attention ! Je ne vous dis pas qu’il vous faut juste imaginer nous traire pour qu’on soit traites ou imaginer aller au boulot pour recevoir son salaire !

9. Faire de l’exercice physique : 30 min trois fois par semaine suffisent. Ça limite le stress et favorise le bien-être donc l’apprentissage.
10. Dormir 7 heures minimum par jour : le sommeil est capital dans la mémorisation. (La lumière bleue de nos écrans interfère avec notre sommeil. Il faut éviter de lire sur un écran avant d’aller dormir, même pour regarder agri-affaires !).


Des exemples pour comprendre

Louane, la fille de Gégé va passer son brevet, elle commence à réviser. Elle vient souvent réviser dans notre pâture avec sa copine Lucie. Louane a un petit plus sur Lucie (en dehors d’avoir un papa extraordinaire…).

Tous les soirs, elle arrive de l’école et court en salle de traite. Elle se met alors à raconter à Gégé tout ce qu’elle a appris : «En histoire, on a parlé de la bataille de Verdun, papa… C’était du … attends pour m’en souvenir, j’ai associé la première date à l’anniversaire de Tata, le 21 février. Et pour la deuxième c’est 2 jours après l’anniversaire de Mamie donc le 19 décembre et c’était l’année de naissance de Pépère donc 1916. Au total, plus de 700 000 hommes y périrent, comme ton quota laitier ! Tu te rends compte ?».

Et ça papote toute la fin de la traite, dans les veaux… Tout y passe, l’anglais, les maths, le sport… Gégé questionne (ça les oblige à chercher, à creuser), se rappelle de ses cours, de ses profs, de ses mauvaises notes (ça met des émotions)… Et Louane a besoin de bouger après une journée assise à l’école !

Quand à 20h, elle rentre enfin chez elle, sa mère lui demande : «tu as fait tes devoirs ?» et elle répond «oui, maman… avec papa ! Mais je vais relire mes leçons avant de dormir car je n’ai pas pu tout expliquer à papa». Elle est parfaite !

Lucie rentre chez elle, monte dans sa chambre et relit ses leçons et fait des fiches de résumé. (C’est moins efficace mais c’est déjà pas mal).

Quand elles viennent réviser, Louane se souvient toujours mieux que Lucie pour 2 raisons : elle sème des indices (l’anniversaire de Tata est 2 jours après celui de Mamie, l’année de naissance de Pépère, le quota laitier de Papa de morts) et elle essaie de se rappeler avant d’apprendre par coeur. Quand elle relit sa leçon le soir, elle sait ce qui lui manque…

L’avantage de Lucie en Histoire, c’est qu’elle lit des romans historiques et elle associe des émotions, des histoires à l’Histoire… Elle s’imagine à l’époque, se fait des films. (Mettre des émotions et imaginer des images aide à la mémorisation).

Louane a le plus de facilités en maths et en physique. Elle cherche toujours à appliquer ce qu’elle apprend dans la vie réelle et ça l’aide à mémoriser. Par exemple, elle a utilisé Thalès, je crois, pour mesurer la taille du chêne… (Ou Pythagore, je ne sais plus ! Pour moi, Pythagore est un chat dodu et Thalès, un taureau pas mal du tout !) et elle fait souvent de la mécanique avec Gégé.

Leur prof d’anglais leur a appris à faire des cartes mentales pour résumer le cours. Elles passent un long moment à la construire sur une grande feuille avec des feutres colorés, des images, des mots. Ensuite, elles réactivent souvent et pas longtemps. Elles regardent leur carte mentale colorée dans le bus, avant de se coucher… Comme ça, elles n’ont pas à tout réapprendre juste avant le brevet (l’idéal, c’est 6 min après l’apprentissage puis 6 heures puis 6 jours puis 6 semaines puis 6 mois et c’est appris pour toujours ou presque …).

Gégé a essayé en revenant d’une formation sur l’élevage des veaux et leurs maladies : il a tout expliqué à Louane, il a repris ses notes et a fait une carte mentale, il a fait des liens avec son quotidien «tu te rappelles Louane, ce veau qu’on appelait «tout moche» car il ne poussait pas, c’était peut-être un IPI…». Maintenant quand il a un veau de malade, il reprend sa carte mentale de résumé de son cours… Comme il pratique, fait des liens, a des émotions, en parle avec son véto et bien il se rappelle de tout… ou presque.

Dicton de Marguerite :

    «Mieux connaître son cerveau, c’est apprendre plus durablement»