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Declic Bio 2019 : retour sur les échanges des tables-rondes

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Le Déclic Bio du 13 juin à Champigny-lès-Langres a été riche d'échanges et de rencontres pour tous les visiteurs, exposants, intervenants. Emmanuel et Jean-Baptiste Jeaugey du GAEC du Moulinot ont accueilli avec plaisir cette deuxième édition dans leur ferme que se prêtait parfaitement à la manifestation : proximité de l'autoroute, bâtiments spacieux, installation de triage et de stockage flambant neuve, et des parcelles cultivées à côté pour les visites organisées en fin de journée.

Pendant la journée, 26 exposants étaient présents pour recevoir les visiteurs et répondre à leurs questions : acheteurs, fournisseurs d'éqiupements et de services.

Deux tables rondes ont également été organisées.

La première, en matinée, interpellait PROBIOLOR, COCEBI (2 coopératives de collecte de graines biologiques) et le groupe SOUFFLET sur les politiques long terme de mise sur le marché de produits biologiques nécessaires à la stabilité des cours et des revenus. La seconde, en début d’après-midi confrontait les retours d’expériences de diverses solutions de tirage et de stockage au plus près des champs.

Echos de la matinée

Pour Anne MORELLATO de PROBIOLOR « Avant tout, chaque hectare semé ou planté en agrobiologie doit être déjà vendu car il faut être vigilant à ne pas saturer la demande et à développer l’offre au bon rythme. Nous sommes aussi vigilants à la qualité, les denrées biologiques ne doivent jamais décevoir nos clients, c’est pourquoi nous avons des grilles de prix valorisant la qualité et le stockage ».

Christophe VIVIER de COCEBI ajoute « Certaines années, la météo permet des récoltes bien meilleures que celles prévues, nous avons alors plus d’offres que de demandes, néanmoins nous nous interdisons de brader les stocks et nous les reportons sur l’année suivante »

Pour Thomas CLAISER du groupe SOUFFLET « Chez nous aussi, la prudence est de mise, nous nous appuyons sur de solides partenariats avec des malteries, des moulins, des distributeurs, pour construire des filières spécialisées en agrobiologie afin que les emblavements correspondent aux besoins. Nous encourageons aussi le maillage du territoire par de petits silos à la ferme ou collectifs. En effet, pour nous, le stockage au plus près des sites de production aidera chaque acteur de la filière à gagner en compétitivité et contribuera à sécuriser les revenus ».

« Un même silo peut contenir les récoltes de plusieurs fermes, nos contrats restent à l’exploitation »  explique Anne MORETALLO « Par contre, nous demandons aux exploitations de conserver des échantillons de leurs propres récoltes afin de les rémunérer au juste prix si le lot contient des récoltes de qualités multiples ».

A la question du poids des GMS dans le devenir du marché bio, les 3 intervenants sont au diapason « Pour les denrées biologiques, nous avons encore la possibilité de choisir nos partenaires et de ne pas vous faire dicter ni le besoin, ni le prix. Cependant, certaines GMS représentent une part non négligeable des débouchés, même si à leur côté les enseignes spécialisées bio se développent, il est difficile de pas entendre leur demande. Par contre nous devons y répondre au juste prix, ce qui passe par des contractualisations comme nous le faisons déjà avec notre marque VIVIEN Paille » précise Thomas CLAISER.

Alors que dans l’assemblée certains agrobiologistes interpellent l’amont de la filière sur la nécessité d’une marque BIO France pour garantir l’origine locale et la qualité et la signaler aux consommateurs, Christophe VIVIER souligne « Pour la garantie de qualité nous avons le label européen. Pour ce qui est de l’origine, les distributeurs, que ce soit les GMS ou les magasins spécialisés ont souvent leur marque « Distributeur » avec une référence à l’origine. Dès lors, effectivement, plus nous pourrons renseigner et afficher le terroir d’origine avec précision, plus cela sera rassurant pour les consommateurs, et donc plus cela sera un atout pour attirer et fidéliser des distributeurs.».

Des paroles porteuses d’innovation

Ils étaient 5 à avoir accepté de témoigner au cours de l’après-midi.

« Cette année notre CUMA a investi dans un trieur mobile pour répondre aux besoins d’agrobiologistes mais aussi d’agriculteurs conventionnels. Nous sommes 73 dans la CUMA dont 19 en bio. Notre trieur est équipé de multiples grilles et peut aussi faire du démélange d’associations de cultures. Il ne peut être partout en même temps, il faut donc que chacun stabilise ses graines en préalable, respecte les plannings …. Comme pour tout notre matériel en CUMA, une personne est en charge de l’entretien et je m’occupe du suivi administratif mais chaque adhérent utilisateur doit savoir se servir de l’outil… » explique Oliver HENQUINBRANT, président de la CUMA de MONDEVILLE.

Pour la CUMA du LENTILLON c’est un peu différent « Après récolte, chacun achemine ses récoltes vers le trieur. Mon fils et moi sommes les seuls habilités à utiliser le matériel de ri, nous vérifions aussi la qualité des lentillons livrés, nous faisons alors une prestation de service à nos collègues puis assurons la traçabilité des lots. Comme pour la CUMA de MONDEVILLE, il appartient à chaque adhérent de stocker et vendre ses récoltes même si en parallèle les producteurs voudraient mettre en place la marque collective « LENTILLONS CHAMPENOIS ». La limite du système est que le matériel ne peut servir qu’aux adhérents de la CUMA … » souligne Didier LAMBIN, président de cette CUMA.

A leurs côtés, Thierry DRIEUX, directeur d’A.B.C.D.E témoigne « Nous sommes trieurs à façon depuis 25 ans et nous proposons cette année une tournée spécifique à la semence de ferme bio. Nous préférons être autonomes dans la gestion de nos prestations et nous pouvons intervenir sur toute la France selon les volumes à traiter… J’établis les plannings et tournées d’intervention pour être le plus efficace possible et donc le moins coûteux possible. Nos clients doivent bien sûr stabiliser leur récolte avant que je puisse passer les trier, je peux les conseiller pour ce faire. Nous avons un projet de démélangeur de graines avec un trieur optique embarqué afin de proposer une prestation de triage de récoltes (hors semence) de qualité dans les fermes ».

Jean-Michel RABIET était présent à double titre : d’une part, présenter son trieur mobile acquis pour répondre un besoin de sa plateforme d’échange service baptisée AGRI-ECHANGE, d’autre part, exposer le concept de la dite plateforme. « Cette plateforme doit favoriser l’échange de services, sans transaction financière car c’est Donnant/Donnant à l’ensemble du réseau. Les adhérents doivent donc y proposer des équipements et des compétences complémentaires les uns des autres. Après analyse des besoins sur mon secteur, j’ai choisi d’investir dans un trieur à grains, j’espère pouvoir échanger mes prestations contre d’autres, par exemple du broyage de cailloux, ou, comme je l’ai fait il y a peu, contre du fanage de luzerne. Ainsi, la semaine dernière, 3 adhérents de la plateforme sont venus m’aider et nous avons fauché et enrubanné 60 hectares de luzerne en 3 jours. Quand ils en auront besoin j’irai trier leur récoltes ou celles d’autres adhérents et à leur tour ils seront redevables à tous les membres de la plate-forme … »

Alexandre DORMOY a aussi pris la parole pour exposer les fondements du projet BIOTOPES porté par une SARL réunissant 4 AgroBiologistes « Pour nous, il s’agissait de profiter d’une opportunité de site et donc de nous décider rapidement. Après une esquisse de modèle financier il est apparu que la plus-value sur nos seules récoltes permettait de couvrir les charges fixes. Nous avons choisi de nous lancer en investissement dans une chaine capable de traiter le double de notre production ceci pour pouvoir proposer un service de tri, séchage et stockage aux agrobiologistes du sud Haute-Marne. Notre projet est ambitieux et devrait être opérationnel à l’automne prochain. Nous souhaitons aller au-delà du tri et du séchage en proposant un stockage collectif pour massifier l’offre et devenir un éventuel point relais pour des collecteurs, en particuliers pour les cultures très spéciales. Nous avons déjà un accord avec la Chanvrière de l’Aube. Nous avons aussi choisi de pouvoir traiter des parties végétatives et pas seulement des graines, ainsi Biotopes pourra sécher des plantes aromatiques. Notre rêve serait qu’Auberive deviennent un pôle de l’agrobiologie ce qui est légitime vu sa localisation en cœur de parc. Nous misons donc aussi sur ce projet de territoire tant pour sa future politique agricole que pour le développement d’une marque collective. »

Et quand dans la salle certains s’interrogent sur le marché pour ces prestations de tri, séchage voire stockage, il est répondu que nul doute qu’aujourd’hui les volumes à trier, à sécher, en bio comme en conventionnel, existent et devraient progresser d’autant que les organismes de collecte prêchent pour un maillage du territoire plus resserré en équipements et pratiquent des politiques tarifaires en ce sens.

La vraie question est celle du coût de revient de ces prestations et du prix acceptable pour les agriculteurs, aujourd’hui et à long terme…